Les habitants s’expriment : Exercice de démocratie locale

Un billet de Patrick Van Laethem.

Ottignies-Louvain-la-Neuve a sur son territoire un fleuron des centres commerciaux : l’Esplanade. Comme dans tous ces espaces commerciaux, ce sont les grandes marques qui fleurissent et qui tiennent le haut du pavé. Une hyper harmonisation de l’offre puisque ces marques se retrouvent un peu partout. 
Depuis quelques années, il est convenu qu’il y ait la possibilité pour cet ensemble de s’agrandir encore pour accueillir – sans doute – d’autres « grandes » enseignes.

Un groupe de citoyens tente alors de s’opposer à ce projet en tout ou en partie pour y préférer d’autres types de commerces (local, circuit court, éthique, …)
Pris dans le carcan des réglementations de tous niveaux (de l’Europe jusqu’aux divers plans communaux) la commune n’a pas beaucoup de jeu : l’essentiel semble lui échapper. Pourtant les citoyens ne désarment pas et au prix d’un énorme investissement en temps (porte-à-porte) ils arrivent à recueillir plus de 3500 signatures en faveur d’une consultation populaire (articles 318 à 329 de la nouvelle loi communale).

Je passe sur les différents rebondissements, les récupérations politiques, etc. Au final, le 11 juin, la population est appelée à se rendre dans les bureaux de vote prévus pour répondre à une question écrite conjointement par les différentes parties, mais aussi à une vingtaine de questions dans l’idée d’argumenter auprès du délégué de la région wallonne qui sera appelé à statuer.

Étonnamment, la société Klépierre (leader européen des centres commerciaux dont l’actionnaire principal est le leader mondial de ces mêmes centres commerciaux) entre dans le processus.
Non seulement il « impose » une dizaine de questions auxquelles pourront répondre les votants, mais en plus le voici qui polarise cette consultation entre les tenants du pour et du contre. 
Dans une vision un peu idéaliste, on pourrait imaginer Klépierre s’intéresser à cette consultation et créer un projet en fonction des réponses reçues. L’entreprise au service de la société, une place juste, honorable, presqu’évidente. 
Mais non, Klépierre entre dans la danse à grands coups de pub dans les journaux. « Le Soir » a ainsi publié 2 puis 1 page entière achetées par Klépierre pour vanter les mérites de « son » projet. Il utilise même son positionnement d’acteur inscrit dans des démarches de développement durable, de protection de la nature pour asseoir son emprise et pour faire passer un projet dont les revenus financiers ne sont plus du tout durables ni soucieux de l’environnement : le bâtiment peut certes se prévaloir de certaines mesures d’économie d’énergie et de ressources, ceux qui vont louer seront évidemment dédouanés de cette attention : marchandisation outrancière, pressions financières sur les pays en voie de développement, calamités sociales et écologiques,…
Mais ce qui importe ici, c’est que l’entreprise intervienne comme un acteur de la démocratie locale. On entend peu la commune, la plateforme citoyenne peine à se faire entendre, Klépierre organise le tohu-bohu autour de l’agrandissement du centre commercial.

Les intérêts financiers de Klépierre ont ainsi une force de frappe infiniment plus puissante que les autres acteurs qui ont pour eux, la légitimité du débat démocratique. 
La finance dissout l’espace démocratique. Cela est même confirmé par un certain Juncker quand il dit : « Il ne peut pas y avoir de choix démocratique contre les traités européens. » (Le Figaro du 28/01/2015). En clair, la souveraineté populaire ne peut aller contre des traités signés aux confins de la rencontre entre un monde politique et celui de la finance qui a, in fine, vampirisé cette Europe. Cette belle qui, si elle se drape encore dans un imaginaire sur ces origines, ne se cache plus pour se mettre au service de la finance : rappelons-nous encore les mots de Louis Michel, le vote instituant le secret des affaires, le gain de Monsanto, la mise en vigueur de normes hygiénistes qui vont à l’encontre, non de la santé, mais des productions artisanales pour le plus grand profit des groupes agro-alimentaires, …

Ainsi la norme financière arrive à s’imposer jusqu’à l’échelon le plus concret de la démocratie locale. Le ressentiment qui peut en naître ne peut que conduire à des désenchantements au mieux et à des extrêmes au pire.

Patrick Van Laethem, Mai 2017


Commentaire de l’auteur : Ce texte n’est pas une attaque envers la commune, mais bien le fait que ce monde financier parvient pas à pas, à dissoudre la démocratie locale par l’amoncellement de règles qui contraignent cette démocratie mais qui libère la finance de toute régulation. C’est ainsi qu’on voit Klépierre devenir un acteur au sens propre de la démocratie prenant la place des acteurs légitimes.

A propos de l’auteur : Patrick Van Laethem est membre du CPAS de OLLN pour le CdH Ce billet est écrit en son nom et n’engage ni le CPAS ni le CdH.

credits : icone Carol Liao, hatch (toicon.com)

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