L’extension de L’esplanade, non merci

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Partout, des nouvelles formes de démocratie émergent. Le temps n’est plus où les citoyen.ne.s étaient appelés aux urnes tous les quatre, cinq ou six ans, déléguaient à d’autres le soin de penser pour eux et de décider en leur nom, et dans l’intervalle retournaient à leurs préoccupations privées. Ce temps-là correspondait à une société duale : d’un côté les notables, de l’autre la population ; d’un côté les décideurs, de l’autre les exécutants ; d’un côté les gouvernants, de l’autre les gouvernés. Ces séparations-là sont devenues caduques. A la place, s’installe peu à peu l’idée que chacun est responsable d’agir — de contribuer sa part, même modeste, à l’expression démocratique quotidienne. C’est pourquoi la consultation populaire autour du projet d’Esplanade est importante, et c’est pourquoi une forte participation enverrait un signal fort qui sera entendu partout où des nouvelles manières de vivre la démocratie au jour le jour tentent de s’instaurer.

Et puis il y a le fond. La société de consommation est épuisée. Les possibilités de consommation ont crû dans des proportions considérables depuis l’après-guerre : à prix constants, le PIB par habitant, en Belgique, a augmenté de 40% depuis 1990, et a doublé depuis le milieu des années 1970. Pourtant, malgré les améliorations incontestables qu’a permis cette création de richesse, c’est l’insatisfaction qui augmente : plus l’on consomme, et plus s’installe un vide spirituel que cette consommation ne suffit pas à combler. Manipulées par les stratégies des publicitaires, les familles achètent et consomment toujours plus, quand elles en ont les moyens ; et quand elles n’en ont pas, elles sont tentées de s’endetter, simplement pour rester dans la course à la reconnaissance sociale. Il y a longtemps que nous consommons au-delà de la satisfaction de nos besoins ; longtemps que notre consommation est dictée par la mode et par le souci du paraître. Cette fuite à la consommation est mortifère. Elle épuise les organismes, car nous travaillons toujours plus pour satisfaire des désirs toujours plus insatiables, dans une course folle dont Weber avait déjà relevé la complète irrationalité. Elle condamne la planète, épuisée de devoir fournir toujours plus de ressources afin de satisfaire nos modes de consommation et de devoir absorber plus de déchets. Elle conduit cette génération à commettre une profonde injustice à l’égard de la génération qui vient. Elle crée des écarts toujours plus intolérables entre celles et ceux qui peuvent rester dans la course à la consommation et tous les autres, qui se sentent exclus socialement dès lors qu’ils ne peuvent en faire autant.

Le développement de l’Esplanade en vitrine de cette société qui se suicide à petit feu ne ferait qu’encourager cette voie, une voie qui est pourtant sans issue. La consultation est une occasion de dire non. Non, nous ne voulons pas que le campus de l’Université ressemble à une galerie commerciale. Nous pensons qu’il est temps d’imposer des limites à cette extension apparemment infinie des espaces qu’occupent la publicité et les lieux de consommation. Nous pensons que les outils démocratiques sont faits pour s’en servir. Nous pensons qu’une alternative est possible, et qu’elle commence par le fait de dire, clairement : non merci.

Olivier De Schutter, Isabelle Cassiers, Florence Degavre, Jean De Munck, Tom  Dedeurwaerdere, Marthe Nyssens, Benoît Galand, Gian-Marco Rignanese, An Ansoms, Anne-Marie Vuillemenot, Caroline Vincke, Olivier Servais, Marie Verhoeven,  Pierre-Joseph Laurent, Isabel Yépez del Castillo, Françoise Bartiaux

 

crédits photo originale  : Aaron Burden sur unsplash.com (texte de la Plateforme)

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