Une démocratie citoyenne s’est levée à Louvain-la-Neuve!

Une carte blanche de Pascal Warnier, citoyen de Louvain-la-Neuve, publiée par Le Soir le 20 juin 2017.

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illustration Le Soir

En mars 2017, la plateforme citoyenne obtenait le quorum nécessaire à l’organisation de la consultation populaire qui vient de se dérouler à Ottignies-Louvain-la-Neuve au sujet de l’extension du shopping l’Esplanade. Le NON massif exprimé le dimanche 11 juin, elle le doit avant tout à elle-même, à l’engagement et au jusqu’au-boutisme de ses sympathisants.

Aux publicités déployées massivement par le promoteur pour des sommes indécentes, la plateforme a opposé son enthousiasme, sa créativité et ses talents. Il fallait voir, ces dernières semaines, l’énergie dépensée par une poignée de jeunes et de moins jeunes, des étudiants et des retraités, des femmes et des hommes de tous horizons, dans les rues et sur les places, à la radio et à la télévision, sur youtube et dans les colonnes des journaux. Dans la bonne humeur et la convivialité, un peu à l’image de la cité néolouvaniste.

Oui, il fallait les voir affirmer avec conviction que le projet d’extension de l’esplanade n’est pas en phase avec l’idée qu’ils se font de leur cité. Il fallait les voir connectés sur les réseaux sociaux pour défendre le point de vue que Louvain-la-Neuve peut se développer autrement qu’à travers sa fonction commerciale. Il fallait les entendre dire aussi leur crainte que ce shopping monumental ne phagocyte le centre-ville et ne fragilise les villes alentours. Les entendre exhorter les décideurs à mettre davantage encore de projets éthiques et durables au cœur du développement urbain. Il fallait enfin les voir le 1er mai dernier se réunir au sein d’un G100 organisé à l’initiative de l’AGL (association des étudiants de Louvain) pour une journée de discussions et de délibérations.

Une expression franche

Les habitants ont répondu à cet enthousiasme en se déplaçant massivement – malgré un calendrier défavorable – pour participer à la consultation populaire. Ils furent si nombreux qu’ils devaient assurément être troublés par la perspective d’extension de ce shopping. Ils ont finalement été près de 80 % à dire NON !

Si tant de monde a pris la peine de se déplacer et de sanctionner ce projet, c’est bien parce qu’il n’est pas ajusté à ce qu’ils désirent pour leur ville. C’est qu’ils ont estimé que leur voix n’avait jusqu’à présent pas été sollicitée et qu’en quelque sorte le processus de la décision publique avait échoué, mettant hors course les premiers concernés par les conséquences de cette décision : eux-mêmes, les habitants d’Ottignies-Louvain-la-Neuve. Si une majorité écrasante a voté en défaveur de l’extension, c’est que cette extension immobilière les touche de près et que paradoxalement ils n’ont été à aucun moment impliqués ou associés à la mutation de leur environnement de vie immédiat dont ce projet est porteur.

Sans doute, les élus n’ont pas pu ou n’ont pas voulu aller à la rencontre de la population au moment où ce projet est apparu. Peut-être ne l’ont-ils pas fait car ici ils ne disposent pas de toutes les cartes pour orienter le développement de la cité. En effet, le foncier à Louvain-la-Neuve appartient à l’Université établie en terre brabançonne depuis bientôt 50 ans et la décision d’octroyer le permis de bâtir revient quant à elle, in fine, au fonctionnaire délégué de la Région wallonne. Alors il est bon qu’en définitive, ce soit les citoyens qui indiquent la voie à suivre. Et ils l’ont fait, sans ambages !

Eviter une Berezina démocratique

Au lendemain de la consultation populaire, le monde politique local et même fédéral se bouscule pour louer le signal fort adressé par la population et affirmer qu’il tiendra compte du résultat des urnes. Absents des débats avant la consultation, les élus locaux s’appuient aujourd’hui sur l’avis de leurs concitoyens pour prendre position. Il semble que les représentants politiques, dans une situation particulièrement complexe, aient eu besoin de s’appuyer sur une initiative citoyenne qu’ils n’ont, rappelons-le pas sollicitée eux-mêmes, pour reprendre un leadership sur une question essentielle. Il est bien entendu que nous ne sommes plus loin d’échéances électorales et que ceci peut expliquer cela. Augurons malgré tout que ce 11 juin restera gravé dans l’histoire de la commune et peut-être plus largement de la Région wallonne comme étant le jour où les citoyens se sont levés pour infléchir un projet jugé par trop mercantiliste et en contradiction avec la culture de leur lieu de vie.

Il revient aux acteurs politiques et à l’université de démontrer que la démocratie participative n’est pas qu’un concept ou un vain mot mais qu’elle peut changer concrètement la vie des gens.

Il faut veiller maintenant à ce que cette victoire citoyenne, chèrement conquise, ne se transforme pas en une Berezina démocratique comme cela semble être le cas pour le Parc Léopold à Namur.

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