Carte blanche d’une habitante

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Bonjour à toutes et tous,

J’ai bien reçu la “lettre ouverte” à mon retour de vacances. Bien que tardivement, je me permets d’y répondre.

Lettre dans laquelle on parle principalement de “malaise” tandis que les dés n’étaient pas encore jetés. Mais de quel “malaise” veut-on parler? Il m’a plutôt semblé que ce fut tout du contraire –du moins entre habitants-: il y a eu une grande solidarité et complicité dans ce débat ainsi qu’un vote fort et unanime!
Quand je vois comme nombre de nos habitants se sont investis déjà rien que pour obtenir ce référendum, j’aurais plutôt tendance à leur tirer mon chapeau, pas vous!?

Car en effet, les enjeux sont de taille tandis que les dés fort probablement pipés d’une manière ou d’une autre. Tout le monde connait l’histoire du scorpion qui demande à la grenouille de l’aider à traverser la rivière… Fallait-il vraiment croire encore aux promesse de démocratie que pour se lancer ainsi dans la rivière! Tandis qu’on le sait tous, même si le “non” l’a largement emporté; la logique du promoteur, telle celle du scorpion, reste la même et ils feront tout pour endormir les esprits avec de fortes chances que cela passe par toute une série de (fausses) promesses. Bien sûr, on viendra sans doute alors nous parler de “commerces équitables” et pourquoi pas même de faire place belle à quelques ASBL ou encore à un marché couvert à bas loyers? Et dans les 2-3 ans à venir, on s’excusera qu’il faille absolument augmenter les loyers car on n’en sera plus au lancement pour remplir les espaces mais bien à la deuxième phase –dite de spéculation- pour la revente du centre avec sa (grosse) plus-value! Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Et comme Klépierre ne spécule pas seulement à LLN, toute perte (toujours possible) sera malgré tout largement compensée pour eux par d’autres centres dont ils sont les principaux promoteurs en France, aux Pays-bas, en Italie, au Danemark, en Norvège, en Suède, à Prague mais également en Espagne, au Portugal (où les parkings sont gratuits!). Ca leur laisse donc une certaine marge dans le cas où il y aurait perte ou carrément abandon de l’un ou l’autre.

Enfin, pour la belle image, ils insisteront bien sûr aussi –et le font déjà!- sur la fameuse “création d’emplois” –sans parler de ceux perdus au passage des bulldozeurs. Or, non seulement ceux qu’ils “créent” sont précarisés par une majorité de CDD mais la rotation des employés et même celle des gérants au sein des enseignes de l’Esplanade y est énorme. Les horaires sont souvent ingrats, les exigences de rentabilité passent avant tout. La rotation des magasins va de pair: combien installés un temps puis disparus faute de loyers et de conditions humainement accessibles pour des boutiques qui ne sont pas des chaines?
Le futur racheteur ne verra pas ces coulisses, il n’aura que les résultats globaux en mains. Et c’est cela qui lui importe, non pas l’emploi. La création d’emploi durable est une statistique complètement faussée par toutes les pertes, burn-out, gestion comparative des employés pressionnés sur leurs chiffres, les rotations constantes et les contrats précaires à durée limitées et/ou via agences d’intérim.

Entretemps, n’oublions pas non plus que la génération des pionniers s’éteint doucement (eh oui et la plupart d’entre-nous en sommes!) et fait place à une génération et à des nouveaux venus qui ne sont pas nécessairement au courant du passif de la ville, de son désir d’y préserver la convivialité tout autant que sa culture à vocation première universitaire et sociale -et non commerciale. Encore que là, on aura été surpris de voir comme certains jeunes ayant baigné en plein dans la génération de la création de besoins superflus auront montré qu’ils n’étaient pas si dupes qu’on pourrait le penser… Bravo à eux!
Mais c’est peut-être ça qu’”on” attend et la raison pour laquelle tout va encore trainer en longueur dans des débats dont on finira par oublier les véritables questions & enjeux?

Et de nous faire croire que le développement d’une ville devrait absolument passer prioritairement par la case commerciale et lucrative: “on veut bien vous faire un joli “kiss & drive” à la gare, mais à condition que vous acceptiez le palais de la surconsommation qui va avec!” Un souffle de chantage, une amélioration promise et le tour est joué. Et de poser des questions insidieuses dans le reférendum du 11 juin qui, plus qu’elles ne clarifiaient le débat, promettaient sinon l’embrouille dans les esprits, certainement un double jeu sur les statistiques et les résultats. Encore une fois, tout le monde sait bien comment on peut toujours utiliser des statistiques dans le sens qui arrange, le moment venu.

Un référendum, c’est par définition “un procédé démocratique semi-direct permettant aux citoyens de manifester eux-mêmes un choix politique”. Les citoyens ont aujourd’hui exprimé clairement leur choix. Où est donc le malaise?

Ce n’est dès lors que si ce choix citoyen n’était pas respecté qu’il y aurait réellement malaise! Aujourd’hui qu’un vrai référendum a eu lieu, l’avenir nous dira s’il sera honnêtement tenu compte du vote de la démocratie populaire et non d’un consortium politico-économique qui existait déjà. Car ce ne sont pas quelques petits arrangements avec les consciences et à court terme qui pourront satisfaire la majorité qui a rondement dit non..

Ceci est possible. Ou pas. Toujours est-il que jusqu’ici, on a bien vu comment les précédents enjeux (ceux d’intérêts économiques principalement) ont été traités et contournés au fil des années: les parkings dont on promettait aux pionniers la gratuité ad’vitam; les quartiers résidentiels dans lesquels des garages puis carrément des maisons unifamiliales ont été transformés en kots d’étudiants (quid des promesses de rectifier cela en 2011?); les quotas de l’Horeca-du-fast-food sans cesse revus au plus offrant tandis que l’UCL n’a pas hésité à pénaliser les remises de pas-de-porte des commerçants qui n’avaient d’autre choix que de payer des mois de loyer en indemnités. Quid également de la majorité des habitants qui disait déjà “non” à l’Esplanade bien avant qu’elle n’arrive? Seulement à cette époque, on pouvait encore tout faire sans consulter les citoyens; ce qui n’est plus tout à fait le cas aujourd’hui et je pense que tout le monde y sera vigilant, le “non” étant cette fois devenu public et officiel.

Amicalement vôtre et pour une ville de culture et de convivialité avant tout,
Cecilia Neirynck.

credits photo : Green Chameleon, sur unsplash.com

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