Carte blanche d’habitants et chercheurs : « Les autorités communales et universitaires doivent maintenant renoncer à ce projet ! »

Une carte blanche parue dans Le Soir le 10 juillet 2017 d’un collectif de signataires composé d’habitants de LLN et de chercheurs de l’UCL.

Le 11 juin dernier, les habitants d’Ottignies-Louvain-la-Neuve se sont massivement prononcés contre le projet d’extension de l’Esplanade. Ils ont ainsi adressé aux mandataires politiques mais également aux responsables de l’université un message sans équivoque. Ils ne veulent pas d’un projet qui va à l’encontre de leurs valeurs et de l’idée qu’ils se font de leur lieu de vie. Beaucoup de questions demeurent cependant. Nous en relèverons trois régulièrement entendues ces derniers jours à Louvain-la-Neuve. Ce projet va-t-il malgré tout pouvoir être mené à son terme ? La commune peut-elle ignorer ce NON franc émis par sa population et a-t-elle les moyens d’empêcher la réalisation de l’extension ? Quel est le rôle joué par l’UCL qui, rappelons-le, est
propriétaire du terrain et l’a promis en emphytéose au promoteur ?

Envisageons ces trois interrogations à travers le rôle que les différents acteurs jouent dans ce projet et la possibilité qu’ils ont d’y renoncer.

  • Aujourd’hui, le propriétaire de l’esplanade envisage d’agrandir sa surface commerciale. Etes-vous favorable à une extension du centre commercial ? A cette question posée lors de la consultation populaire, 80 % des votants ont répondu NON. C’est un résultat incontestable. Le slogan « L’esplanade s’agrandit » exposé ostensiblement dans la galerie commerciale avant le 11 juin a aujourd’hui disparu. Logique car il est devenu illégitime voire usurpatoire. En effet, beaucoup de gens ne comprendraient pas que l’opinion de plusieurs milliers d’habitants soit foulée au pied, à l’heure où la participation citoyenne aux décisions publiques et le renouveau politique s’invitent avec force dans nos démocraties. Les élus l’ont d’autant bien compris que les « locales » de leurs propres partis ont pris récemment position contre ce projet (celle d’ecolo en son assemblée générale du 12 juin et celle du PS en son assemblée générale du 25 juin). La commune aura également la possibilité de rendre un avis au fonctionnaire délégué de la Région wallonne dans le cadre de l’enquête publique qui aura lieu cet automne. Elle peut donc encore influencer la décision !
  • L’université, acteur économique et urbanistique majeur sur le plateau de Lauzelle, détient sans doute plus que d’autres la clé de l’évolution de ce dossier. Elle est  propriétaire du terrain disions-nous et pilote depuis près de 50 ans le  développement de la cité néolouvaniste. Toute la question est alors de savoir si elle aura la volonté de prendre une position audacieuse et de décider le retrait de ce projet, comme le lui demandaient l’association des habitants (AH) et l’association des étudiants de Louvain (AGL) dans leur appel aux autorités universitaires et politiques en 2015. Si elle le faisait, elle indiquerait concrètement que ses recherches et ses enseignements menés dans le domaine de l’éthique économique et du développement durable sont cohérents avec les décisions qu’elle prend elle-même dans son champ d’influence, c’est-à-dire ici le développement urbain. Si tel était le cas, elle devrait renoncer à une valorisation financière élevée de la terre qui lui a été confiée par les autorités belges à la fin des années soixante. Et c’est justement sur ce point que se situerait son audace. Moins d’argent certes mais plus de sens. Gageons qu’elle puisse oser ce choix d’avenir. Un choix inspiré par les valeurs qu’elle incarne et qu’elle entend promouvoir, honorer et enseigner et non un choix dicté par des objectifs financiers. En optant pour le statu quo, elle donnerait par contre l’impression de ne pas vouloir infléchir un projet qui engendrera « une activité économique (…) dominée par les logiques financières et le
    consumérisme extrême » (AH et AGL). Enfin, beaucoup ne comprendraient pas
    qu’alors qu’elle décerne des titres de docteur honoris causa à des personnes qui défendent des idées courageuses et novatrices dans le domaine du développement durable, elle ne puisse pas elle-même poser dans ce dossier si emblématique un geste fort.
  • La question qui se pose enfin est de savoir si malgré l’obtention d’un permis socio-économique en 2014 et malgré la promesse de cession du terrain par l’UCL, la société Klépierre serait disposée à abandonner son projet actuel. Ne pourrait-on pas rêver la voir exercer sa responsabilité sociétale, consciente du rejet qui vient d’être exprimé par la population ?

Nous venons de le voir, les acteurs en présence dans ce dossier ont la possibilité d’apporter leur pierre à l’édifice d’une « maison commune » plus durable et plus respectueuse de ses habitants (Pape François, « Laudato Si ») et ce dans un momentum historique qui voit germer partout dans le monde un désir profond de changement. Chacun dans le rôle qui est le sien peut influencer la décision d’abandonner ce « projet nocif en termes de développement durable » (carte blanche de professeur(e)s de l’UCL dans Le Soir du 9/6/2017) et dire OUI à un projet radicalement différent qui soit, cette fois, respectueux des normes éthiques, sociales et environnementales les plus avancées.

Les signataires :

Citoyen-nes-s de LLN
José De Backer,
Marie-Luce Delfosse,
Thierry De Smedt,
Myriam Dufourny,
Jean Dumont,
Paul Geradin,
Ahmed Gourari,
Véronique Le Boulangé,
Alice Legrain,
Jean-Louis Litt,
Cecilia Neirynck,
Eliane Pirard,
Christina Rauls,
Bernard Van den Driessche,
Danielle Van Grunderbeeck,
Pascal Warnier.
Chercheuses-eurs/ administratifs-ves de l’UCL
Simon Carbonnelle, ingénieur
Priscilla Claeys, sociologue
Anne-France Colla, juriste
Emeline De Bouver, sociologue
Philippe de Leener, Bio-ingénieur et psychologue
Olivier De Schutter, juriste
Tom Dedeurwaerdere, philosophe
Elise Dupont, ingénieure
Lionel Francou, sociologue
Christine Frison, juriste
Hervé Jeanmart, ingénieur
Elisabeth Lagasse, sociologue
Corentin Lahouste, romaniste
Louise Lambert, économiste
Olivier Malay, économiste
Pascale Naveau, sociologue
Agathe Osinski, politologue
Benoît Pairet, ingénieur
Jonathan Peuch, politologue
Geoffrey Pleyers, sociologue
François Rottenberg, ingénieur
Raphaël Rousseau, géographe
Amandine Thiry, historienne
Pierre-Etienne Vandamme, philosophe
Sixtine Van Outryve d’Ydewalle, juriste

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