Le « bio » : responsable, éthique et local ou création d’un nouveau business ?

photo_legumes
illustration de la pétition sur change.org « OUI à la diversité du bio local »

Aujourd’hui le bio a le vent en poupe. Les magasins spécialisés en bio poussent comme des champignons et on retrouve facilement des produits labélisés dans nos grandes surfaces. Cependant, toutes les sphères bio ne se valent pas. A Corbais, un projet de construction d’un bio-planet (Colruyt) soulève beaucoup de critique des acteurs locaux du bio. Y aurait-il une différence entre un « bio industriel » et un « bio éthique et local » ?


Dans un marché alimentaire encore largement dominé par les grandes surfaces, les voix de petits producteurs, militants et consommateurs s’élèvent pour dénoncer la dérive des produits « bio ». A l’origine, la certification bio fut créée selon des valeurs paysannes de respect de la nature, solidarité entre producteur, proximité, diversité des cultures et des élevages, juste prix, etc. Cependant, il est à présent facile d’observer la fracture entre ces valeurs et la réalité des produits bio présents dans les étalages des grandes surfaces : suremballage, provenance lointaine des produits, etc. Chaque consommateur peut observer clairement un manque de cohérence entre le « bio industriel » et les valeurs environnementales et éthiques qu’ils se disent respecter. « La grande distribution achète des produits qui ont fait le tour du monde pour arriver dans l’assiette du consommateur. Ce n’est pas cohérent sur un plan environnemental, mais aussi social, parce qu’en général c’est fait sur le dos de gens qui sont payés moins de 2€ par jour à l’autre bout de la planète. », explique le directeur de Biocoop, Claude Gruffat [1].

Il semble clair que le marché du bio migre de plus en plus vers un « bio business» industriel, mécanisé et standardisé. En effet, pour répondre à une demande croissante de produits qui n’ont de « bio » que le nom, les procédés de l’agriculture conventionnelles sont de plus en plus souvent appliqué au bio : mécanisation accrue des exploitations, pression pour la standardisation des produits, … Depuis sa création en 1999, le label européen bio ne fait qu’assouplir ses critères au lieu de les rendre de plus en plus exigeants. En effet, au lieu d’évoluer vers un progrès pour un respect de plus en plus accru de la nature et de l’environnement, les critères bio européens sont nivelés par le bas et autorisent de plus en plus de types d’intrants et de traitements. Par exemple, aujourd’hui 0,9% d’OGM sont autorisé dans les produits labellisés bio [2].

Un prix toujours plus bas. Oui mais à quel prix?

Il est vrai qu’un supermarché bio tel que le Bio-Planet peut paraître très attrayant au vu des prix bas qu’il propose. Cependant, le prix le plus bas n’est pas le prix le plus juste pour le producteur. La pression sur les prix amenée par la grande distribution érode les exigences du bio mais pousse également le producteur à vendre ses produits toujours moins cher. Qu’il soit producteur local ou producteur d’ailleurs, le combat est similaire. La réalité rurale au Nord comme au Sud révèle aujourd’hui que les agriculteurs gagnent à peine suffisamment pour pouvoir vivre de leurs activités. Par exemple, lorsque la tomate est à 2 euro le kilo en supermarché, le producteur n’en touchera finalement que la moitié et ce prix doit payer non seulement la cueillette mais également son travail de toute l’année (plantation, soin, bouturage, etc). Il convient de se poser la question : « Un agriculteur peut-il vivre décemment en vendant ses tomates à ce prix ? » Beaucoup de producteurs de nos régions survivent grâce à des subsides de la région ou des aides de la PAC*. Il est aberrant de réaliser que cette population nourrit la planète entière mais que le système de consommation dans lequel nous vivons ne leur donne pas la capacité de vivre décemment ! En suivant les principes d’un commerce équitable et d’une économie sociale et solidaire, les supermarchés bio devraient entrer dans le combat du prix le plus juste et non du prix le plus bas.

Aujourd’hui, il y a donc bel et bien une différence entre un « bio industriel » et un « bio éthique et local ». On connaissait déjà le « greenwashing », le consommateur doit à présent être vigilant pour ne pas rentrer dans le piège du « biowashing ». C’est principalement pour ces raisons et pour bien d’autres que Tout Autre Chose veut soutenir l’initiative des acteurs locaux de Corbais contre l’implantation d’un Bio-Planet dans leur village. Non seulement parce que l’offre en produit bio est largement suffisante dans la région mais aussi parce que le mouvement soutient les producteurs locaux qu’ils soient labellisés bio ou non. Il nous semble urgent de soutenir ceux et celles qui nous nourrissent depuis des centaines d’années. Le mouvement vous encourage donc à manger local et de saison, à favoriser les circuits courts, à trouver les agriculteurs qui vendent sur vos marchés ou directement à la ferme prêt de chez vous mais également à signer la pétition en ligne pour une diversité du bio local.

Pour signer la pétition contre l’établissement d’un supermarché bio (Bio-planet, du groupe Colruyt) à Corbais :
>> cliquez ici.

Maïté Vandoorne
Employée dans l’alimentaire
Membre de la locale de Tout Autre Chose Louvain-la-Neuve

*Politique Agricole Commune (mise en place par l’Union Européenne)

 

[1] DANG Léa, Comment différencier la Bio, du bio industriel ? Kaizen 20 juillet 2017 [En ligne] http://www.kaizen-magazine.com/differencier-la-bio-du-bio-industriel/

[2] TEIL Genevieve, Le bio s’use-t’il? Analyse du débat autour de la conventionalisation du label bio. Economie Rurale, 2012, p102-118

Publicités

Les commentaires sont fermés.

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :